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  Le rappeur Webster est le protagoniste du documentaire Québec, lieu de passage
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Québec, lieu de passage

Racisme et préjugés

Marc-André Boivin
25-03-2008 | 16h07
On a beau être en 2008, il semble que près de six ans après le début de l’enquête Scorpion, la situation ait peu évolué à Québec en ce qui concerne les préjugés et le racisme envers les personnes de couleur. Le rappeur Webster, qui est derrière l’idée du documentaire Québec, lieu de passage, continue sa croisade pour renverser cette tendance.

Tourné en 2006 et diffusé pour la première fois à Télé-Québec en janvier dernier, ce film de Martine Asselin et Éric Martin a remporté, le mois suivant, le Prix de l’Association québécoise des critiques de cinéma dans la catégorie Meilleur court/moyen métrage lors des derniers Rendez-vous du cinéma québécois. Dans ce film qui sera présenté mercredi soir au Campus de Charlesbourg dans le cadre de la Semaine contre le racisme, les réalisateurs nous livrent la vision de Webster, un petit gars de Limoilou, face à la Ville de Québec et à son ouverture plutôt limitée sur les communautés culturelles.

«La situation n’a pas vraiment évolué depuis le tournage. Ici à Québec, le profilage racial est vraiment un problème. Les jeunes Noirs se font toujours arrêter par la police sans aucune raison valable. C’était comme ça avant le scandale de la prostitution juvénile et c’est encore comme ça aujourd’hui. Chaque fois que je vois une voiture de police, je me dis qu’ils vont me coller», confie Webster, selon qui la politesse n’est pas de mise lors de ces arrestations improvisées.

«J’ai un ami qui s’est fait arrêté à six reprises en deux jours seulement parce qu’il venait d’acheter une vieille Cadillac usagée. Les policiers lui ont clairement fait savoir qu’il avait une voiture de gangster et que s’il voulait que les arrestations cessent, il n’avait qu’à acheter un Civic», explique-t-il. Raciste, la police de Québec? Le chanteur estime que le problème est plus complexe. «On ne peut pas dire que tout un groupe est raciste, mais il y en a. Je crois que c’est en raison de l’ignorance parce que la dynamique sociale change beaucoup à Québec, mais la police ne semble pas suivre. Ce ne sont pas tous les Noirs ou tous ceux qui s’habillent en hip-hop qui sont dans les gangs de rue», souligne le rappeur qui fait également partie du groupe Limoilou Starz.

Cette formation a dès le début été associée au Wolfpack et au scandale de la prostitution juvénile de Québec, mais aucun membre du groupe n’a été arrêté. «La police de Québec nous avait impliqué là-dedans sans raison, juste parce que nous avons grandi dans le même quartier que les gars du Wolfpack. Aucun membre du groupe n’a été arrêté, mais ça nous a insultés. Nous avons trouvé ça réducteur de la part de la police de Québec. Moi, ça fait des années que je rappe et j’essaie de le faire de façon positive», ajoute Webster qui souligne que son groupe n’a jamais organisé de spectacle dans le but de recruter de jeunes prostituées mineures.

«Nous n’organisions même pas de spectacles. Nous avions un cachet pour jouer et nous ne pouvons pas être tenus responsables de ce qui se passe dans la salle. C’est comme s’il y avait un mort lors d’un concert des Rolling Stones et qu’on blâmait Mick Jagger. La police a vraiment tourné les coins ronds», soutient le chanteur qui croit que l’absence de membres des communautés culturelles dans les forces policières de Québec et les propos longtemps tenus sur les ondes de CHOI FM ne sont pas étrangers à ce phénomène. «Ils ont été très agressifs durant le dossier Scorpion en demandant même aux X de s’occuper des rappeurs poches de Québec. C’est une radio très écoutée. Si les gens n’avaient pas fait la part des choses, ils auraient pu s’en prendre à nous», affirme Webster.

Mirlande Demers, une activiste de Québec qui avait eu maille à partir avec certains animateurs de CHOI fait elle aussi partie du documentaire Québec, lieu de passage, qui a été tourné dans le but de montrer une autre vision, un peu moins rose, de la ville. «Mais nous offrons aussi des pistes de solutions parce que les gens sont prêts à bouger. Nous avons un certain effort à faire», croit le rappeur. Ce dernier œuvre d’ailleurs beaucoup auprès des jeunes des écoles pour faire changer les choses.

Le premier album solo de Webster, Sagesse immobile, lancé l’année dernière, a été fort bien accueilli au Québec, permettant à celui-ci d’aligner les spectacles. «Il y a eu une bonne réception au niveau artistique. Je commence tranquillement à travailler sur un nouveau disque. Nous sommes actuellement à sélectionner des collaborateurs et un studio d’enregistrement», affirme Webster que l’on pourrait voir dans les festivals au cours de l’été.

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